Mais pourquoi l’agriculture africaine ne parvient-elle pas à se mécaniser ?

ll y a 50 ans, l’agriculture africaine était plus mécanisée que celle de la Chine. Aujourd’hui, avec ses immenses ressources naturelles et ses 1,2 milliards d’habitants, le continent ne parvient pas à produire suffisamment de nourriture, pour répondre à ses besoins alimentaires. Alors qu’il s’en offusquait lors d’une conférence à Washington, Akinwumi Adesina, le président de la Banque Africaine de développement, a révélé que la région réalisait chaque année, des importations nettes agricoles de 35 milliards $, et que ce chiffre pourrait monter jusqu’à 120 milliards $. Pourquoi ?

La mécanisation devient une nécessité urgente pour l’Afrique

Les experts s’accordent à dire qu’une telle tendance n’est ni cohérente, ni durable. D’autant que l’Afrique possède 60% des terres cultivables inexploitées du monde. Cette situation tient elle-même de plusieurs facteurs. L’urbanisation a vidé les zones rurales exploitables de leur main d’œuvre abondante. Les jeunes surtout, qui ont du mal à accéder au foncier, ne veulent plus travailler sur les terres de propriétaires qui ne les rémunèrent pas suffisamment. Ainsi, dans ces zones rurales agricoles, la moyenne d’âge des travailleurs oscille entre 48 ans pour les hommes et jusqu’à 53 ans pour les femmes.

De fait, ils ne peuvent pas produire assez pour satisfaire à une forte demande en forte croissance. Pour l’Union Africaine et les Nations Unies, seule la mécanisation des exploitations agricoles pourrait permettre d’inverser la tendance. Le constat n’est pas une nouveauté, mais aujourd’hui, il rencontre une véritable urgence.

Un processus qui nécessite une collaboration étroite entre secteurs public et privé

Mais la partie n’est pas gagnée d’avance. Les expériences partagées démontrent que le processus de mécanisation n’est possible que si des centres spécialisés dans la mécanisation, issus du secteur privé et bien gérés, sont mis en place avec des services à la portée de tous. Les interventions du secteur public en faveur de ce processus devront apporter des aides spécifiques qui dépendront de la source d’énergie de la mécanisation et du type d’utilisateur.

Pour les sceptiques, l’Afrique n’est pas encore prête. Et l’histoire semble leur donner raison. Dans le passé, parfois récent, de nombreuses initiatives ont échoué, avec des machines données ou subventionnées qui finissent abandonnées en raison de l’absence de pièces détachées et de services de réparation.

De ce point de vue, l’Union Africaine estime que le continent africain a beaucoup à apprendre de l’Asie. Les pays de cette région ont su mettre en place un cadre permettant de soutenir l’entreprenariat orienté vers les services de machinerie agricole. Plusieurs pays ont déjà pris le pas de l’apprentissage. L’Ethiopie, le Ghana, le Kenya et le Nigeria étudient de très près le cas du Bangladesh et de sa mécanisation agricole.

Un manque de soutien financier à combler

Beaucoup de pays africains n’ont pas de systèmes formels de soutien financier aux cultivateurs qui leur permettraient de maintenir et de développer leurs productions agricoles. Bien qu’il existe aujourd’hui plusieurs groupes de micro finance qui travaillent dans ce domaine, les cultivateurs sont peu nombreux à avoir accès à ces groupes ; la majorité d’eux ignorent les procédures requises pour pourvoir accéder à un soutien de financement à long terme ou les conditions mises en place par ces institutions financières ne peuvent pas être remplies par les pauvres paysans.

Il faut aussi préciser la mauvaise réglementation du marché bancaire qui n’avantage guère ce secteur. Lorsqu’on discute avec ces intermédiaires financiers, ils soulèvent un certain nombre de griefs. L’un d’eux est le manque de marché fiable pour les productions agricoles. Par ailleurs, les difficultés d’accès au foncier, surtout pour les femmes, et des processus administratifs longs et complexes interdisent au producteur de mobiliser des ressources financières.

Aujourd’hui, des organismes multilatéraux comme la Banque africaine du développement ont fait du financement de l’agriculture, leur cheval de bataille. Une ambition qui vise à faire jouer à l’organisation, au cours de la prochaine décennie, un rôle de catalyseur dans l’appui aux évolutions technologiques, institutionnelles et des politiques susceptibles d’engendrer une transformation durable des économies rurales.

L’objectif est de permettre aux populations rurales d’accroître leur productivité et leurs revenus réels d’une manière équitable et écologiquement viable.

Source : www.agenceecofin.com

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