Le choc économique du Covid-19 remet sur la table le besoin de faire du FMI la banque centrale du monde


L’ampleur du choc économique occasionné par le Coronavirus dans tous les pays du monde a remis sur la table des discussions, le besoin qu’il y a de transformer le Fonds monétaire international (FMI) en banque centrale du monde, avec une gouvernance multilatérale plus équilibrée, lorsque surviennent des crises graves.

 

Kristalina Gueorguieva, DG du FMI, reconnait que la crise va nécessiter « des milliards de dollars » pour les pays émergents et en développement.

Dans une lettre d’opinion conjointe signée le 14 avril 2020 dans le Washington Post, le quotidien américain réputé, Gordon Brown, ancien ministre des finances et Lawrence H. Summers, premier ministre de Grande Bretagne , professeur d’économie à l’université d’Harvard et ancien ministre américain des finances ont argumenté pour un renforcement des pouvoirs d’intervention du FMI.

Selon eux, les pays développés sont allés trop loin et sans efficacité prouvée, dans le financement des crises. Ils estiment donc qu’il est désormais temps pour une instance internationale comme le FMI de prendre le relais. « S’il n’y a jamais eu un moment où une expansion de la monnaie internationale connue sous le nom de droits de tirage spéciaux (DTS) est vitale, c’est maintenant », peut-on lire dans leur texte.

 Dans le même temps, des dirigeants politiques Européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, se sont joints à des personnalités africaines telles que Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, et Cyril Ramaphosa, Président de l’Afrique du Sud et de l’Union africaine, pour exhorter le FMI à «décider immédiatement de l’allocation» de droits de tirage spéciaux afin « de fournir des liquidités supplémentaires pour l’achat de produits de base et des composantes médicales essentielles ».

Une transformation légitime, au regard de l’intense sollicitation du FMI face à la crise

Le FMI est l’un des acteurs multilatéraux avec lequel de nombreux pays africains ont discuté dans le cadre de la solidarité internationale exprimée à l’Afrique, pour contenir les conséquences de la pandémie dans tous ses aspects. La dernière manifestation en date sont les 1,2 milliard $ mis à la disposition du Kenya et de l’Ouganda, deux importants pays d’Afrique de l’Est. Mais quel que soit le niveau d’intervention de l’institution de Bretton Woods, on reste en deçà de nouvelles attentes exprimées à son endroit.

La volonté de faire des droits de tirage spéciaux un instrument de réserve de valeur échangeable au niveau international, n’est pas nouvelle. Dans une note publiée sur le site internet du FMI en décembre 2019, l’homme politique et économiste colombien José Antonio Ocampo présentait déjà les avantages d’une telle révolution. Il en distinguait spécifiquement trois. « Premièrement, il donnerait le pouvoir à tous les pays du monde de créer une monnaie internationale. Deuxièmement, cela réduirait la demande des marchés émergents et des économies en développement de réserves de change comme « auto-assurance ». Ces deux avantages seraient renforcés s’il était convenu de prendre en compte des facteurs autres que les contributions aux quotas pour accroître la part des économies en développement dans les allocations de DTS. Troisièmement, cela rendrait le système monétaire international plus indépendant de la politique monétaire américaine », peut-on lire dans son document.

En effet, les DTS sont entrés dans le débat monétaire international après la Seconde Guerre mondiale, constatant que définir le pouvoir économique extérieur des pays sur la base de leurs réserves en or devenait de plus en plus difficile, du fait de l’inégale répartition de cette ressource. Après de longues discussions, les pays sont tombés d’accord sur la création de ce qu’on appelle aujourd’hui des DTS. Ce sont des actifs internationaux de réserve, créés par le Fonds monétaire international, pour compléter les réserves de change officielles de ses pays membres.  Ils sont gratuitement distribués à ces derniers et leur valeur est basée sur un panier de cinq grandes devises (le dollar américain, l’euro, le yuan renminbi, le yen japonais et la livre sterling).

 

Il faudra à tout prix convaincre les USA

Le plus farouche opposant à cette idée reste les USA. Dès le départ, l’Amérique s’est opposée à la France du Général de Gaule sur cette question. La France, empêtrée avec ses colonies, souhaitait un système multilatéral qui permettrait de soutenir des pays en développement. Mais l’Amérique, grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, imposa un mécanisme qui lui assurait le plein contrôle.

Le pays dirigé par Donald Trump a en effet le pouvoir de bloquer une décision lorsqu’elle n’arrange pas ses intérêts. Les décisions importantes du FMI sont prises par son conseil des gouverneurs (représentant de chaque pays) à la majorité de 85% des droits de vote. Or, les États-Unis à eux seuls disposent d’un pouvoir de vote de 16,5%. Ce pouvoir peut même être augmenté en fonction des mouvements sur sa monnaie, composante majeure du DTS. En décembre dernier, un projet de résolution visant à redistribuer ces droits de votes a été bloqué par les USA.

Sur le projet de créer et distribuer des DTS pour faire face exceptionnellement aux crises, les Américains mettent en avant le fait que cette manière de faire bénéficierait surtout aux pays riches. En effet, le mécanisme actuel de distribution de ces ressources dépend fortement des quotas de chaque pays membres. Cela n’avantagerait pas les pays économiquement faibles.

Mais les vraies raisons de l’opposition américaine à un tel projet sont plus complexes. Si les DTS montraient une certaine efficacité comme instrument d’échange entre banques centrales du monde, cela pourrait réduire le pouvoir du dollar américain.

Si le dollar n’était plus la monnaie de réserve internationale par excellence, il perdrait de sa valeur. Pour des places financières comme le New York Stock Exchange ou le Nasdaq, toutes deux basée à New York, ce serait un danger sans précédent pour leurs 30 000 milliards $ de capitalisation boursière cumulée. De même le puissant marché américain du crédit se trouverait fortement menacé.

Mais les propositions actuellement formulées ne sont pas proches de ce type de scénario. L’idée est plutôt d’adopter une approche multilatérale dans la gestion des crises internationales de grande ampleur, comme celle que vit actuellement le monde avec le Coronavirus, et sans doute demain avec le climat. Il paraît aujourd’hui évident que les seules réponses des banques centrales de quelques pays ne suffisent plus à faire repartir durablement la croissance mondiale.

Source : Agence Ecofin

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *