Le Nigerian Tony Elumelu, ici en juillet 2018 à Lagos, est l'inspirateur même de la notion d'Africapitalisme © AFP/LUDOVIC MARIN

Tous les indicateurs de performance économique permettent de dire que l’Afrique anglophone est la locomotive du développement actuel de l’Afrique. Elle accueille, en effet, les économies les plus dynamiques : le Nigeria, première démographie et premier PIB du continent, l’Afrique du Sud, première économie industrialisée, le Kenya : réformateur hors pair du climat des affaires, et l’Éthiopie, qui détient la plus forte croissance. Avec la Yabacon Valley (Lagos), la Sillicon Cape (Cape Town) et la Sillicon Savannah (Nairobi), le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya ont réussi ensemble à créer des centres d’innovation d’excellence, de surcroît soutenus par les GAFAM et IBM. Avec un tel dynamisme, ces 3 pays réussissent en 2017 à capter plus de 53 % du capital-risque levé en Afrique, soit 265 M€. Au premier semestre 2018, rejointes par l’Égypte, ces 4 nations ont capitalisé 94 des 120 opérations africaines recensées, en particulier dans la fintech, avec par exemple Cellulant, plateforme kényane de paiement décentralisé sur mobile qui a levé 40 M€. Au total, l’Afrique a réalisé autant de levées de fonds en 6 mois que sur toute l’année 2017.

Le signal fort de l’Afrique anglophone…

Autrement dit, l’Afrique anglophone est en train de réussir le pari de créer des acteurs africains du «  Private Equity  ». Certes, des organismes européens apportent leur soutien comme la BEI, Proparco, le FMO, le DEG, mais ce qui frappe dans l’analyse des facteurs de leur réussite, c’est l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs africains, appelée les « Africapitalistes ». Souvent issus de familles modestes africaines, ils ont singulièrement réussi dans des secteurs comme la téléphonie, les mines ou l’énergie. Ces businessmans aux fortunes assumées sont parfaitement aguerris aux milieux financiers londoniens, européens et américains. Ils incarnent le profond changement de mentalités qui est en train de transformer le continent.

… pour une approche africaine de l’entreprise et des affaires

L’Africapitalisme est une expression de l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu. Il l’explique comme « une philosophie économique et sociétale dans laquelle le succès repose sur deux axes : l’engagement du secteur privé et la philanthropie ». Concrètement, l’Africapitalisme s’appuie principalement sur la théorie libérale du ruissellement (« trickle-down theory  »), selon laquelle l’enrichissement d’une élite a des répercussions sur l’ensemble de la société : les plus fortunés investissent dans divers secteurs économiques et contribuent ainsi au développement du pays.

Dans cette optique de création de valeur partagée, la promotion de l’entrepreneuriat et de l’innovation s’avère être fondamentale. En effet, l’objectif est de pouvoir donner aux acteurs du continent les moyens de mettre en œuvre les méthodes et outils concrets dont la société a besoin pour amorcer sa transformation. C’est en quelque sorte un développement de l’Afrique par des Africains, permettant une réappropriation des moyens de production, une diversification de l’économie et la montée en puissance de talents africains. Ceci se traduit par un large soutien des Africapitalistes aux fonds d’investissements en capital-développement comme ECP ou Helios. Ils financent ainsi des solutions adaptées et profitables à l’Afrique, en sélectionnant des projets hautement qualitatifs, performants, utilisateurs de ressources locales et aptes à accompagner les changements sociétaux. Une place privilégiée est alors dédiée à la jeunesse, par des projets dans le domaine de l’éducation afin de promouvoir cette génération d’« Afropreneurs » dont le dynamisme des premiers représentants commence à être ressenti au-delà du continent.

À n’en pas douter, si l’Afrique anglophone accélère son développement, c’est aussi parce qu’elle a su constituer l’environnement favorable à l’émergence de personnalités influentes aux parcours professionnels construits sur le continent, et désireuses, aujourd’hui, d’investir pour le développement de leurs pays. L’Afrique est une terre d’innovation. Son énorme potentiel de croissance ne manquera pas d’apporter aussi au monde sa propre vision du sens et du financement de l’innovation.

Source : afrique.lepoint.fr

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